Deux anges aux ailes délicates s’embrassent tendrement sous un ciel clair, symbolisant l’amour universel pour la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, 17 mai 2025. #IDAHOBIT2026 #AmourSansFrontieres La Terre vue de l'espace, dominée par un immense cœur arc-en-ciel enchaîné, capturant les luttes pour l'égalité lors de la Journée mondiale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie, 17 mai 2024. #IDAHOT2026 #EgalitéMondiale" Un groupe de personnes voilées par un tissu aux couleurs de l'arc-en-ciel, reflétant la diversité et l'unité pendant la Journée internationale contre les LGBT+phobies, 17 mai 2026 #JournéeMondialeContreLGBTphobie #UnitéDansLaDiversité Un cœur arc-en-ciel volant librement dans l'espace face à une Terre sombre, avec à l'arrière-plan une scène de deuil tenue par des figures religieuses sur une autre planète, illustrant le conflit entre acceptation et rejet lors de la Journée mondiale contre les LGBTI+phobies, 17 mai 2025 #IDAHOBIT2026 #ConflitEtEspoir Un cœur enchaîné, moitié Terre, moitié arc-en-ciel, entouré de personnes LGBTI sous un ciel radieux à droite et des cœurs tombant vers la terre à gauche, symbolisant la dualité de l'acceptation et du rejet lors de la Journée mondiale contre les LGBTI+phobies, 17 mai 2025. #IDAHOBIT2026 #CoeurPartage A divided heart, with darker shades on the left and lighter, blueish tones on the right, where people on the right attempt to join the armed individuals on the left, symbolizing confrontation and hope during IDAHOBIT 2026 An impressive view of Earth with a huge rainbow-colored heart chained to its surface, symbolizing the global struggles for LGBT+ rights during IDAHOBIT 2026 Dos manos encadenadas emergiendo del espacio sostienen la Tierra, con un corazón arcoíris flotando en el centro, mientras un dictador y una población vestida de negro observan pasivamente, ilustrando la lucha global por la libertad frente a la opresión en IDAHOBIT 2026
Louis Georges Tin fondateur Idahobit Journée Internationale Contre l’homophobie la transphobie la biphobie
Sommaire
L’Europe LGBT oubliée

L’EUROPE LGBT OUBLIÉE

L’histoire LGBT n’est pas née à Stonewall.
L’Europe a connu un âge d’or militant et éditorial entre 1836 et 1933, précédé de fondations intellectuelles décisives dès le début du XIXᵉ siècle, avant une destruction systématique.
Les mécanismes qui ont permis cet effacement réapparaissent aujourd’hui à l’échelle mondiale.

On répète souvent, y compris dans les milieux progressistes, que l’histoire LGBT serait récente, marginale, ou née dans les années 1960 aux États-Unis.
Cette affirmation est historiquement fausse — et politiquement dangereuse.

Entre le milieu du XIXe siècle et 1933, l’Europe a connu :

Cette histoire n’a pas disparu par hasard. Elle a été détruite, puis recouverte, puis rendue illisible. Et aujourd’hui, certains mécanismes politiques qui ont permis cet effacement sont à nouveau à l’œuvre — à une échelle cette fois mondiale.

Au départ : les fondations intellectuelles et politiques (1836–1864)

L’histoire de l’émancipation homosexuelle en Europe ne commence ni avec les grandes institutions scientifiques de la fin du XIXᵉ siècle, ni avec les premières organisations militantes structurées. Elle débute plus tôt, dans un moment discret mais décisif, lorsque la question de l’homosexualité est formulée pour la première fois non comme un scandale, une pathologie ou une faute morale, mais comme un problème de droits.

En 1836, le penseur suisse Heinrich Hössli publie en allemand un texte aujourd’hui considéré comme l’un des premiers essais européens modernes réclamant explicitement la reconnaissance des droits des hommes aimant les hommes. Hössli y parle des « amours masculines » sans détour ni métaphore protectrice. Il ne cherche ni à excuser ni à dissimuler. Il affirme.
Ce qu’il défend n’est pas une tolérance condescendante, mais une dignité pleine et entière — juridique, sociale, humaine.

Le geste est d’autant plus remarquable qu’il intervient dans un contexte où l’homosexualité est à la fois criminalisée par le droit, suspectée par la médecine naissante et condamnée par la morale dominante. Hössli n’emprunte pas les chemins obliques de la littérature ou de l’allusion symbolique. Il écrit frontalement, dans un registre argumentatif, pour poser une revendication claire : la fin de la persécution et la reconnaissance de droits pour une minorité définie par son orientation affective et sexuelle.

Il ne s’agit pas encore d’un militantisme au sens moderne du terme. Hössli ne fonde ni association ni mouvement. Son texte ne déclenche pas de mobilisation collective immédiate. Mais il accomplit quelque chose de plus fondamental : il déplace le cadre du débat. L’homosexualité cesse, dans son raisonnement, d’être une affaire de morale privée ou de diagnostic médical ; elle devient une question de justice publique.

Ce déplacement intellectuel constitue un socle. Il précède et rend possible la politisation ultérieure de la question homosexuelle. Dans cette généalogie européenne de l’émancipation, la parole individuelle vient avant l’action collective.

1. 1860–1890 : avant la presse, la parole publique

Contrairement à l’idée reçue, la parole homosexuelle publique ne commence pas en 1890.
Dès les années 1860, le juriste allemand Karl Heinrich Ulrichs publie, sous son propre nom, une série de textes dans lesquels il défend l’amour entre hommes comme une réalité naturelle et non criminelle. Entre 1864 et 1879, il fait paraître douze volumes de Forschungen über das Rätsel der mann-männlichen Liebe (Recherches sur l’énigme de l’amour entre hommes), où il développe une théorie de l’homosexualité comme anima muliebris virili corpore inclusa — une âme féminine enfermée dans un corps masculin — et forge un vocabulaire nouveau, notamment le terme Urning.

Il s’adresse explicitement :

En 1867, Ulrichs va plus loin : il intervient devant le Congrès des juristes allemands à Munich pour réclamer l’abrogation des lois punissant l’homosexualité ; ce discours est souvent considéré comme la première prise de parole publique en faveur des droits des homosexuels.

Il n’est pas un marginal isolé. Ulrichs est aujourd’hui reconnu comme un pionnier de la sexologie et comme l’un des premiers activistes homosexuels modernes documentés.

En France, à la même période, la parole est plus indirecte mais bien réelle :

Il ne s’agit pas encore de journaux explicitement identifiés comme « homosexuels », mais d’un espace public en formation où l’homosexualité est discutée, théorisée, représentée — souvent de façon oblique, mais pas inaudible.

2. 1890–1933 : l’âge d’or européen de la presse LGBT

2.1. L’Allemagne : Berlin, capitale mondiale (1890–1933)

À partir des années 1890, l’Allemagne devient le centre mondial de la culture LGBT imprimée. L’historiographie parle d’un « premier mouvement homosexuel » qui s’épanouit en Allemagne de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1933, porté par des organisations, des revues, des bars, des associations.

Les historiens estiment que dans la seule période de la République de Weimar, plus de vingt publications pour des publics gay, lesbiens et « transvestites » sont publiées en Allemagne ; sur la plus longue séquence 1890–1933, en comptant les bulletins associatifs, les titres éphémères et les revues littéraires, on atteint plusieurs dizaines à plus d’une centaine de titres selon les critères retenus.

Ces publications ne sont pas clandestines. Elles sont :

Parmi les titres majeurs :

À Berlin, entre 1919 et février 1933, entre vingt-cinq et trente titres de périodiques homosexuels en langue allemande sont publiés, certains hebdomadaires ou mensuels — une densité médiatique sans équivalent ailleurs dans le monde à l’époque.

L’Europe ne « tolérait » pas seulement une existence LGBT : elle l’imprimait, la vendait, la disputait dans l’espace public.

2.2. Magnus Hirschfeld : science, archives, organisation

La figure centrale de cette période est Magnus Hirschfeld.

Médecin, sexologue et militant, il fonde :

L’Institut est :

La fondation de l’Institut, en 1919, marque un moment inédit : pour la première fois dans l’histoire moderne, l’homosexualité et la transidentité sont défendues scientifiquement, juridiquement et politiquement au sein d’une institution reconnue, dotée de moyens, consultée par des chercheurs du monde entier.

Pour la première fois, un État moderne — même encore fragile — tolère une institution dont l’objectif explicite est de réformer la loi et de changer le regard public sur l’homosexualité.

3. La France : un autre modèle, mais des noms, des titres, des revues

La France n’a pas le même militantisme de masse que l’Allemagne. Pourtant, elle possède :

3.1. Jacques d’Adelswärd-Fersen et Akademos

En 1909, Jacques d’Adelswärd-Fersen fonde à Paris Akademos.

La revue est décrite comme « la première en France à aborder l’homosexualité de front et positivement » ; des synthèses indiquent qu’il s’agit de la première revue de ce genre en français, après quelques publications juridiques antérieures comme les « Annales de l’unisexualité ».

Akademos est un objet matériel : on en trouve des numéros à la Bibliothèque nationale de France, numérisés sur Gallica. Elle publie poésie, essais, philosophie, arts ; elle se présente explicitement comme une revue qui défend ce que Fersen appelle « l’Autre Amour ». Son existence n’est pas une interprétation rétroactive : c’est un fait éditorial.

3.2. Inversions et L’Amitié (1924–1925)

Dans les années 1920 paraissent :

Inversions est créée le 15 novembre 1924 par trois jeunes hommes — Gustave-Léon Beyria, Gaston-Ernest Lestrade et Adolphe Zahnd — et se définit dès le premier numéro comme une revue « pour l’homosexualité », « entièrement consacrée à la défense des homosexuels ». Une étude académique confirme qu’il s’agit, avec Akademos, des deux premières revues homosexuelles en langue française, qui se réfèrent explicitement au modèle allemand de Der Eigene.

Ces revues ne sont pas seulement des feuilles littéraires : elles vendent des petites annonces, proposent des tribunes, revendiquent une défense politique. Inversions sera poursuivie ; pour tenter d’échapper à la répression judiciaire, elle change de titre et devient L’Amitié en 1925.

3.3. Les figures françaises effacées

Autour de ces revues gravitent des intellectuels aujourd’hui souvent déconnectés de leur contexte homosexuel :

La France parlait. Elle parlait autrement que l’Allemagne, moins en termes de mouvement de masse qu’en termes de réseaux littéraires et de scandales publics — mais elle parlait.

4. 1933 : la destruction organisée de la mémoire

En 1933, l’arrivée des nazis au pouvoir marque une rupture radicale.

Il ne s’agit pas d’un oubli progressif. Il s’agit d’une destruction politique volontaire de la mémoire : interdiction, saisie, destruction, puis effacement du récit.

Après 1945, cette destruction est aggravée par :

Pendant des décennies, l’histoire de ce premier mouvement homosexuel européen reste confinée à des cercles étroits d’historiens spécialisés. Le grand public, y compris militant, hérite d’un récit où tout semble commencer à Stonewall, en 1969.

5. Pourquoi cette histoire nous concerne directement aujourd’hui

Nous ne sommes pas en 1933. Mais nous assistons, à l’échelle planétaire, à la réactivation de mécanismes politiques proches de ceux qui ont permis l’effacement de 1933.

La séquence est simple :

Visibilité accrue → Panique morale organisée → Menace civilisationnelle désignée → Lois restrictives → Effacement des mémoires et des institutions

Ce schéma n’est pas une métaphore poétique. Il décrit une séquence observée à plusieurs reprises — en Allemagne dans les années 1930, mais aussi dans de nombreux contextes contemporains.

5.1. Les États-Unis : laboratoire de la contre-offensive

Depuis 2025, l’administration Donald Trump a engagé une politique explicite de restriction de la reconnaissance des personnes LGBT, en particulier transgenres.

L’Executive Order 14168, signé le 20 janvier 2025, affirme une politique fédérale de reconnaissance de deux sexes « immuables » et ordonne aux agences fédérales d’appliquer cette doctrine dans leurs documents, règlements, procédures, et dispositifs d’identification. Il exige également des suppressions et révisions de politiques jugées liées à la « gender ideology », et encadre l’usage des fonds fédéraux.

Les analyses d’organisations de référence décrivent des effets concrets : retrait ou réduction de protections, tensions sur les financements, pression sur des dispositifs de santé, et litiges sur des documents d’identité.

Ce type de mesure ne vise pas seulement des droits individuels. Il vise à imposer une vérité d’État sur le sexe et le genre, et à faire disparaître administrativement l’identité de genre de l’espace public fédéral.

5.2. L’internationalisation du front hostile

Contrairement à l’entre-deux-guerres, la dynamique actuelle est mondiale.

Afrique

Ces lois sont souvent justifiées par des arguments religieux ou culturels, présentés comme une défense de la « famille traditionnelle » contre une prétendue importation occidentale.

Pourtant, des travaux rappellent que la criminalisation de l’homosexualité en Afrique est largement un héritage colonial — réapproprié ensuite comme symbole de souveraineté culturelle.

Moyen-Orient

Dans de nombreux pays :

Plusieurs analyses soulignent aussi l’entrelacement entre héritages juridiques coloniaux, interprétations rigoristes, et politiques de contrôle social patriarcal.

Europe, Amérique latine, Asie…

Le schéma se retrouve ailleurs :

5.3. Les causalités politiques en jeu

Pourquoi ces politiques émergent-elles maintenant ?

Les sciences politiques et les études sur les mouvements « anti-gender » identifient plusieurs mécanismes :

Les minorités sexuelles deviennent alors un levier politique, plus qu’une question morale.

5.4. Ce qui est “en marche”

L’effacement contemporain ne passe pas toujours par des autodafés spectaculaires comme en 1933.

Il passe par :

C’est une destruction douce, mais réelle.

6. Conclusion générale

Entre 1836 et 1933, l’Europe a publié, débattu, organisé une vie LGBT visible. Elle a cru que la visibilité, la science et la raison suffiraient.

1933 a montré qu’un pouvoir peut, très vite :

Aujourd’hui, la leçon est claire :
La visibilité sans mémoire protégée et sans institutions solides est vulnérable.

Rappeler cette histoire n’est pas un exercice de nostalgie érudite. C’est une alerte politique contemporaine.

Savoir que Berlin, dans les années 1920, avait plus d’une vingtaine de publications LGBT sur ses étalages ; qu’un institut de sexologie pouvait accueillir des milliers de patients, mener des recherches internationales, et être détruit en quelques jours ; qu’une revue comme Akademos ou Inversions pouvait exister en France, même éphémèrement ; que des intellectuels comme Raffalovich, Lorrain, Eekhoud, Gide pensaient l’homosexualité comme une composante légitime de la condition humaine — tout cela n’est pas un patrimoine mort. C’est un outillage intellectuel et politique pour aujourd’hui.

Contre la vérité d’État, contre la panique morale, contre l’effacement administratif et symbolique, la première ressource est une mémoire aiguë : celle d’une Europe LGBT qui, déjà, a osé se dire — et qui a montré, tragiquement, combien cette parole est fragile, et combien elle mérite d’être défendue.Paris le 17/05/2026 par le Comité Idaho France

Références et liens

Sur le « premier mouvement » et l’Allemagne

Sur la France

Sur les États-Unis et l’Executive Order 14168

Sur l’Afrique (Ouganda, Ghana, héritage colonial)

Sur Moyen-Orient, criminalisation, peine de mort

Sur la répression contemporaine, paniques morales, censure en ligne